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Hausse du prix de la RAM : pourquoi les prix du Cloud vont aussi augmenter

Temps de lecture: 9 minute(s)
Signé de Tanguy Charon
14 janvier 2026

La scène est surréaliste : sur un parking de Shenzhen, à quelques mètres des marchés d’électronique, des techniciens comparent des barrettes de RAM comme on comparerait des voitures. Valeur, rareté, potentiel de revente. Aujourd’hui, suffisamment de mémoire pour densifier un cluster Kubernetes coûte plus cher qu’un BYD flambant neuf à Shanghai.

Et pour cause.
La hausse du prix de la RAM s’accélère depuis plusieurs mois. PC, smartphones, composants, serveurs : toute la chaîne est touchée. Le Cloud n’y échappe pas. La mémoire RAM alimente directement les infrastructures des cloud providers, au cœur même de leurs data centers.

Pourquoi le prix de la RAM augmente ? Quel impact attendre sur les factures Cloud ? Et comment limiter la casse ? Décryptons-ça ensemble. Place à la magie.

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Pourquoi le prix de la RAM augmente

Resumulus : les 3 points à retenir de l’article

  • La hausse du prix de la RAM est structurelle : certaines références ont vu leur prix multiplié par deux, trois, voire cinq en moins de deux ans.
  • L’IA capte l’essentiel de la production mémoire : les fabricants privilégient la HBM et la DDR5 hautes capacités, ce qui crée une pénurie sur les modules classiques.
  • Le Cloud va inévitablement répercuter cette hausse sur ces coûts : les optimisations FinOps seront nécessaires.

Pourquoi le prix de la RAM augmente ?

La RAM (Random Access Memory), c’est la mémoire de travail de vos systèmes.

  • Celle qui permet à une application de tourner
  • Celle qui stocke temporairement les données en cours de traitement
  • Celle qui conditionne la performance, la latence et la stabilité

C’est un composant essentiel d’un ordinateur, d’un smartphone, d’une console de jeu, ou d’un serveur.

Historiquement, le prix de la mémoire RAM a toujours fluctué.
Mais depuis fin 2024, et surtout à partir de septembre 2025, la mécanique s’est grippée.
La hausse actuelle est structurelle.

Entre septembre et novembre 2025, les prix de la RAM ont explosé :

  • une barrette DDR4 3200 CL16 (16 Go) est passée de 70 € à 120 €, soit +71 %
  • une DDR4 3600 CL16 (16 Go) de 85 € à 125 €, soit +47 %
  • une DDR5 6000 CL30 (32 Go) de 140 € à 265 €, soit +89 %
  • une DDR5 6400 CL32 (32 Go) de 150 € à 250 €, soit +66 %
  • et une DDR5 6400 CL30 (32 Go) de 190 € à 390 €, soit +105 %

DDR4, DDR5, entrée de gamme ou hautes performances : toutes les technologies sont concernées.

Côté serveurs, les niveaux atteints sont hors norme. Début 2026, une barrette de mémoire serveur de 256 Go s’est vendue 5 700 dollars.

Aujourd’hui, 80 barrettes de 32 Go DDR5 valent plus cher qu’une Tesla Model Y.

Et à ce stade, rien ne laisse présager un retour à la normale.

Pas besoin de le chercher longtemps : le coupable est tout trouvé. L’intelligence artificielle.

Depuis deux ans, la demande mondiale en mémoire DRAM s’est emballée, en particulier sur les segments HBM (High Bandwidth Memory) et DDR5 hautes capacités. Tout simplement car ce sont les briques indispensables au fonctionnement des modèles d’IA modernes, qu’il s’agisse d’entraînement ou d’inférence à grande échelle.

L’IA ne se limite pas au calcul.
Elle charge et conserve en mémoire des volumes massifs de données. Poids de modèles, matrices, contextes, lots intermédiaires. Plus les modèles grandissent, plus la mémoire devient critique. Sans RAM rapide et disponible, les GPU attendent, les performances chutent et les coûts augmentent.

Cette généralisation de l’IA a forcé les fabricants à arbitrer. Samsung, SK Hynix et Micron, qui concentrent l’essentiel de la production mondiale, ont réaffecté une part significative de leurs lignes vers ces segments premium, bien plus rentables : HBM pour l’IA, DDR5 haute densité pour les serveurs.

Conséquence directe : moins de capacité pour les modules “classiques”, destinés aux PC, aux serveurs standards et aux infrastructures traditionnelles… alors même que la demande, elle, ne faiblit pas.

On parle désormais de compute crunch. Une situation où la demande en calcul, en mémoire et en énergie dépasse durablement la capacité industrielle disponible.

De la hausse des prix à la pénurie de RAM

Si la baisse des prix de la RAM n’est pas à l’ordre du jour, c’est parce que le problème ne se limite plus aux tarifs. Il touche désormais la capacité même à se fournir.

Depuis plusieurs mois, des signaux plus inquiétants apparaissent côté production. Certaines usines refusent tout simplement des commandes. Les fabricants de mémoire fonctionnent aujourd’hui avec des carnets de commandes verrouillés sur plusieurs trimestres. Les capacités disponibles sont allouées en priorité à des contrats longs, stables, souvent signés avec de grands acteurs de l’IA ou des hyperscalers. À l’inverse, les commandes ponctuelles, flexibles ou hors volume garanti deviennent difficiles, voire impossibles à honorer.

La pénurie est telle que Samsung a récemment refusé de se vendre de la mémoire à… lui-même. Faute de capacités disponibles hors des lignes déjà réservées à l’IA et aux hyperscalers.

Comme souvent dans ces contextes, on voit émerger un marché parallèle. Certains spécialistes en hardware récupèrent des PC usagés juste pour récupérer leurs barrettes de mémoire, puis les revendent à prix premium.

Pourquoi la hausse du prix de la RAM va inévitablement faire flamber les prix du Cloud

Le Cloud, c’est littéralement des data centers remplis de serveurs physiques. 
Chaque machine virtuelle, chaque service managé, chaque cluster Kubernetes dépend directement de la mémoire RAM.

Un serveur moderne embarque souvent plusieurs centaines de gigaoctets, parfois plusieurs téraoctets de RAM. À l’échelle d’un Cloud provider, cela représente des dizaines de pétaoctets par data center.

Dans ces conditions, la moindre hausse à l’unité se traduit mécaniquement par des millions, voire des milliards, d’euros supplémentaires sur l’ensemble de l’infrastructure.

Le problème ne concerne pas seulement l’achat de nouveaux serveurs. Le remplacement de composants défectueux, l’extension de capacités et le renouvellement des parcs deviennent beaucoup plus coûteux. Ces coûts matériels restent incompressibles.

Tous les Cloud providers sont exposés, des hyperscalers américains AWS, Azure, GCP à nos champions français, Scaleway ou encore OVH. La hausse du prix de la RAM ne concerne ni leurs fonctionnalités ni leurs services différenciants, mais le cœur de leur système : le hardware. Aucun acteur ne peut absorber seul cette pression sans rogner durablement sur ses marges.

La conséquence est donc prévisible : des augmentations progressives et quasi simultanées sont à prévoir.

Jusqu’à x5 sur les prix des barrettes de RAM.

Hausse des prix de la RAM : comment limiter la casse sur sa facture Cloud ?

La hausse du prix de la RAM est un fait. On ne peut pas l’éviter, mais on peut encore en limiter l’impact sur les factures Cloud, à condition de reprendre le contrôle sur l’usage de la mémoire. Voici nos conseils : 

✅ Ce qu’il faut faire

  • Mesurer précisément la consommation mémoire réelle de vos workloads.
  • Identifier et corriger les fuites mémoire, souvent invisibles mais coûteuses à l’échelle.
  • Réécrire certaines applications dans des langages plus sobres, comme Rust, lorsque le contexte s’y prête.
  • S’appuyer sur des orchestrateurs comme Kubernetes pour scaler proprement et surtout contrôler finement l’allocation mémoire.
  • Remettre régulièrement en question les architectures et réévaluer les profils de ressources selon les usages observés.

❌ Ce qu’il faut arrêter de faire :

  • Surdimensionner “par confort” ou par anticipation excessive.
  • Autoriser des pods à consommer sans plafond mémoire défini.
  • Faire l’impasse sur les audits FinOps et sur les métriques d’usage mémoire.
  • Déployer des applications lourdes avec des langages très gourmands (Java, Node.js, C#, etc.) sans arbitrage technique et économique clair.

3 questions pour savoir si vous êtes prêt à encaisser la hausse des coûts Cloud

1. Avez-vous des fuites mémoire (memleaks) connues ?
Si des limites mémoire simples suffisent à stabiliser vos applications → pas d’urgence
Si vous observez des surconsommations sans savoir d’où elles viennent → besoin d’audit et de gouvernance mémoire

2. Qui surveille les coûts liés à la mémoire dans votre infra ?
Si c’est flou, implicite ou laissé uniquement aux ops → risque de dérapage
Si c’est mesuré, suivi et challengé régulièrement → vous devriez pouvoir contenir la hausse

3. Êtes-vous déjà sur Kubernetes ?
Non → une migration peut aider à mieux contrôler l’allocation mémoire à l’échelle
Oui → c’est un atout, mais le bon moment pour revoir autoscalers et métriques FinOps

La hausse du prix de la RAM ne signifie pas que le Cloud va devenir hors de prix du jour au lendemain. Mais elle rappelle une chose simple : les coûts ne sont plus abstraits, et ils méritent un minimum d’attention.

Pour toute entreprise qui travaille avec des cloud providers, c’est surtout le bon moment pour se pencher sur ses usages. FinOps, optimisation des ressources, gouvernance mémoire… Souvent, quelques ajustements suffisent à récupérer des centaines, parfois des milliers d’euros sur une facture Cloud annuelle.

Méfait accompli.

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Signé de Tanguy Charon
14 janvier 2026

FAQ Pénurie de RAM

La demande IA et la réallocation de production vers des mémoires haut de gamme réduisent l’offre disponible.

Les projections montrent une tension significative jusqu’en 2027–2028. 

Oui, la hausse du coût infrastructure cloud intègre désormais une pression mémoire.

Pas perdre, mais elle sera plus consciente des coûts mémoire, l’élasticité va devenir une nécessité. C’est la fin du tout ou rien.

Limiter les pods, optimiser les images, profiler les usages et utiliser des autoscalers adaptés.

Elle est un acteur clé de cette explosion de la demande.